Analyses littéraires

Le Conte :

Dans les genres littéraires, le Conte occupe une place importante, tant dans la littérature pour adultes, depuis la nuit des temps, que dans la littérature pour les jeunes : en voici les caractéristiques principales.

L’origine et la spécificité des contes :

Un conte est un récit narratif (parlé ou écrit) d'aventures imaginaires dont le merveilleux est l'un des éléments les plus caractéristiques.

conte neigeAvec le conte, on entre dans une dimension où les choses ne sont plus les mêmes, où la logique n'est plus celle de la réalité : c'est un monde virtuel que nous acceptons, car il comble notre besoin profond de rêve.

Une de ses spécificités réside dans la présence d'un narrateur qui anime le récit,comme Shéhérazade dans les Contes des Mille et Une Nuits, par exemple. 

Le conte propose alors sa propre vérité, même s’il est complètement extravagant, parce qu'il suit le fil du rêve du conteur et de son auditoire.Les contes éveillent l'âme à l’imaginaire, à l'audace, à la liberté et au désir.  

A l'origine, les contes de la tradition orale concernaient les adultes, ce qui n'empêchait pas les enfants d'en être friands, notamment aux veillées, lorsqu'ils avaient le droit d'y assister !

En France, c'est au XVII° siècle que le répertoire destiné à la littérature de jeunesse s'empare peu à peu de la littérature orale, et donc des contes, c'est pourquoi ils ont eu longtemps la réputation d'appartenir à la littérature enfantine. Contes de Perrault, de Ma mère l’Oie, de Madame de Genlis,une des préceptrices des enfants royaux…

Quoi plus attrayant qu’un conte pour que l’enfant, qui vit dans un univers d'adultes, se reconnaisse dans le héros et transcende sa condition «d’éternel obéissant» ?

Le style et la forme des contes :

Le conte ne se présente pas comme un récit classique, il utilise des formes spécifiques et des formules nécessaires pour se situer dans l'imaginaire et le symbolisme.

Les formules sont également utiles au conteur pour maintenir l'attention des auditeurs éveillée, et elles aident à la mémorisation lorsqu'elles sont courtes et reviennent à des moments fixes. 

- les formules d'introduction :

Elles insistent sur le caractère imaginaire du récit ou sur son universalité (époque indéterminée, souvent lointaine, lieu imprécis) : «Il était une fois...» (Once upon a time...) ou «Dans le royaume de… il y avait...» : formules consacrées qui nous montrent que tout va devenir possible.

- les formules répétitives : 

«Ma mère-grand, que vous avez de grands bras !... Ma mère-grand que vous avez...» du Petit Chaperon Rouge ; «Puissant sultan», «sire» de Shéhérazade dans les 1001 nuits

- les formules finales :

Elles annoncent que le conte est terminé «ils se marièrent et eurent beaucoup d’enfants», «ils vécurent heureux jusqu’à la fin de leurs jours»; plus sobrement chez les conteurs scandinaves : «c’est ainsi que l’histoire finit», ou : «voilà l’histoire, et le dernier qui l’a racontée en a encore la bouche toute chaude» (les frères Grimm) et parfois la nécessité de continuer la transmission, comme dans la formule africaine : «Le conte est terminé, je l'ai replacé sous l'arbre où je l'avais trouvé» … où quelqu'un devra le reprendre.

- Les verbes

Ils sont conjugués à l’imparfait, temps d’un récit d’époque imprécise. 

-Un élément modificateur

Vient perturber la situation initiale. Il est annoncé par des compléments de temps tels que «Un jour»,«lorsque»… et des verbes au passé simple. Il provoque un effet de surprise et d’attente des péripéties à venir.

Les éléments et personnages merveilleux :

Dans les premiers temps de l'humanité, l'homme craignait et sacralisait la nature. Les esprits en faisaient partie. L'homme en parlait pour les apprivoiser un peu, ou se les rendre plus favorables…

Aujourd'hui,ces esprits existent encore dans de nombreux contes ou histoires fantastiques dans lesquels ils ont une place de choix.

Les succès du cycle du Seigneur des Anneaux, de Tolkien, ou de Harry Potter, de J. K. Rowling, relayés par le cinéma, nous les ont rendus familiers. Ils sont souvent regroupés sous le nom de "Petit peuple", ou font partie du "Royaume de Féerie". 

Croire en eux, les connaître, ouvre la porte du merveilleux. En voici les représentants principaux :

- Les représentants du pouvoir :

Fées et dryades ; sorciers et sorcières ; génies, enchanteurs et magiciens 

- Les élémentaux de la terre :

gnomes et gobelins ; lutins et farfadets 

- Les élémentaux de l'eau :

sirènes et néréides ; ondines et naïades  

- Les élémentaux de l'air :

elfes et sylphes,

- Les élémentaux du feu :

salamandres. 

- Les "hybrides mythologiques :

centaures, satyres, chimères, harpies, sphinx... 

Ce sont des entités énergétiques qui habitent les éléments qu'ils animent et protègent. Leur corps ne sont pas toujours physiques ou matériels, ils adoptent parfois la forme et la couleur de l'environnement.

Ils sont souvent difficiles à voir, car ils ne se manifestent aux humains que lorsqu’ils le désirent. Leur rôle est d’assurer la garde et la continuité de la nature.

Les Monstres et autres bêtes fabuleuses symbolisent généralement les forces obscures et non maîtrisées de la vie et de la nature humaine : les combattre et les vaincre signifie, pour le héros, la victoire de l'homme sur les démons, de la réflexion et la sagesse sur l'instinct et la brutalité de la bête.

L’histoire et le rôle des contes :

- Un rôle fondateur

Les premiers contes sont les récits mythiques, situés dans un «temps d'avant le temps», transmis par tradition orale : ils expliquent à l'homme comment et pourquoi il se trouve sur terre, comment il doit vivre.

L'homme se crée un commencement et il peut le raconter. Repris par les religions, ces récits nous enseignent les Genèses propres à chaque civilisation. On les nomme aussi "textes fondateurs"

Ils continuent avec les récits épiques des héros divins ou semi-divins :Hercule ou Thésée, dans les récits grecs, l’intervention des dieux dans L’Iliade ou l’Odyssée, pour n’en citer que quelques-uns…

Ces récits ont un début et une fin, comme toute existence ordinaire, ce qui introduit le "temps" : celui au cours duquel se déroule l'histoire, et celui qu'il faut pour la raconter. Ils sont la "conscience" de l'humanité en servant de règles, de références, de lois.

Les contes ont donc joué des rôles importants dans les anciennes sociétés rurales occidentales et ils le jouent encore dans des sociétés traditionnelles d'Afrique, d'Amérique, d'Asie, d'Océanie.

- Un rôle de divertissement

Ce rôle est la première fonction de la littérature orale : il suffit de se souvenir du plaisir causé par les récits d'Ulysse à Nausicaa et Alkinoos avant d’en être reconnu pour en voir la fonction conviviale.

Au Moyen Age européen, trouvères et troubadours faisaient rêver les châtelains avec les récits merveilleux de la Table Ronde et les villageois avec les Fabliaux populaires…Certains contes étaient réservés aux hommes, certains aux femmes et aux enfants.

Aujourd'hui encore en Afrique noire, les contes sont, avec le chant et la danse, le divertissement le plus apprécié. Au Maghreb et au Moyen-Orient, des conteurs professionnels passent encore de village en village.  

- Un rôle pédagogique et moral

Les contes véhiculent un savoir qui se transmet de génération en génération. Ils introduisent des "leçons de choses" en parlant du milieu naturel (faune, flore, environnement géographique...) qu'un jeune retient mieux sous cette forme.

Ils fournissent une morale sociale qui justifie les règles de la vie communautaire et ses valeurs : le héros du conte doit accomplir une quête : il cherche un objet, une personne, la richesse, le bonheur, quelque chose qu’on lui a pris… toutes situations difficiles à affronter et qui montreront sa valeur ou son intelligence.

A la fin du récit, les «méchants» sont punis, les «bons» récompensés, le mérite personnel triomphe, après une série d'épreuves difficiles… Le conte enseigne alors comment prendre la vie du bon côté, malgré les malheurs qui peuvent survenir en cours de route.

- Un rôle psychologique

Les contes posent sous forme d'images symboliques les problèmes inconscients auxquels sont confrontés les individus : relations avec les autres, conflits de générations, intégration des jeunes dans la société... et proposent des solutions.

Par la dramatisation des fantasmes, ils aident, sinon à les surmonter, du moins à en prendre conscience, notamment les contes initiatiques, comme souvent, les contes d’Andersen (La petite sirène, qui veut échapper à sa condition d’être marin immortel pour accéder aux amours humaines, par exemple).

Les aventures de Harry Potter, bien connues des jeunes d’aujourd’hui, sont un très bon exemple de conte initiatique contemporain basé sur le merveilleux des contes.

Conclusion :

Le conte, longtemps cantonné dans la littérature enfantine, mais qui est issu des plus anciennes traditions, a repris, de nos jours, grâce à des auteurs reconnus, une place entière dans la littérature pour adultes.

D’autres supports s’en sont emparés : le dessin animé, la BD, le cinéma, grâce à la possibilité d’utiliser les effets spéciaux de la technologie moderne

Le succès de grandes sagas merveilleuses comme les cycles «Harry Potter», «le Seigneur des anneaux» a amené de nombreux lecteurs, jeunes ou adultes, à se plonger avec délices dans ce genre littéraire.

Une des meilleures preuves en est le détournement parodique, comme par exemple «Shrek» une contrefaçon burlesque du conte classique qui montre à quel point il fait à nouveau partie de notre imaginaire !

Avez-vous lu ces contes ? Qu'en avez-vous pensé ?