L'Anatolie : Carnet de voyage d'Ilhara à Kaymakli

La Cappadoce constitue un des points forts de notre voyage : sur des centaines de km2, l'érosion a dessiné des reliefs étranges dans la roche volcanique.

Etnnante et merveilleuse Cappadoce

Cheminées de fées, cônes, pitons, grottes et vallées profondes sont universellement connus ! Plusieurs jours de visite, à pieds, à dos d'âne ou en bus nous permettent de mieux appréhender cette merveille de la nature, classée par l'UNESCO au Patrimoine Mondial de l'Humanité.

C'est l'activité tectonique de la région qui, il y a à peu près 25 millions d'années, a provoqué la surrection de la chaîne pontique et son volcanisme.

Ensuite, le vent, la pluie, les rivières, le gel ont érodé et creusé le tuf et créé ces paysages spectaculaires aux teintes variées : crème, jaune, ocre, rose et mauve, suivant l'heure et l'exposition...

Cappadoce : le village trogloditique de SelimeCappadoce : le village trogloditique de Selime

Cappadoce : le village trogloditique de Selime

Nous entrons en Cappadoce par la vallée de la Peristrema, où le village de Selime nous accueille.

Les maisons modernes sont surmontées par les grottes creusées dans la montagne rose : des restes d'habitations troglodytiques y sont encore visibles.

De là, partent des excursions à pieds d'une quinzaine de km dans un canyon bordé de falaises parfaitement rectilignes, jusqu'à Ilhara. Elles suivent le tracé de la rivière Melendiz, au milieu de la verdure, et longent plusieurs églises du IV° au XIII° siècle.

Cappadoce : le canyon d'IlharaCappadoce : le canyon d'Ilhara vu d'en haut

Cappadoce : le canyon d'Ilhara

En allant vers Nevsehir, nous visitons la ville souterraine de Kaymakli.

La ville souterraine de Kaymakli

Sous le petit village, planté sur le plateau, s'étend une ville impressionnante, vieille de 4 000 ans, construite par les Hittites dans des galeries naturelles et agrandie au cours des siècles pour servir de refuge pendant les invasions perses, macédoniennes ou arabes.

Ce sont les chrétiens qui lui donnent ses dimensions actuelles en l’étendant sur plusieurs dizaines de kilomètres de galeries. La ville pouvait alors, pense-t-on, accueillir 8 000 personnes sur 45 m de profondeur et 8 étages reliés par des couloirs labyrinthiques...

De gros rochers en forme de roue glissaient le long des parois pour isoler et défendre les différents quartiers.

On reconnaît des lieux d'habitation et de culte, des salles de réunion, voire des « places publiques », des réserves pour la nourriture, des puits d'aération, des canalisations...

Cappadoce : la ville souterraine de KaymakliKaymakli : les cuisines et la pierre "porte" (Cappadoce)

La ville souterraine de Kaymakli

Les cuisines et la pierre "porte"

C’est une ahurissante cité souterraine, mais elle n’est pas unique : on en recense une trentaine d’autres en Cappadoce, dont 5 se visitent.

Nous ressortons ébranlés, l’estomac noué. Pour circuler, nous avons souvent dû nous accroupir, et nous avions le confort électrique pour nous guider. Quelle vie devait-on mener là, lors des attaques ennemies !

Dans son livre, l'Anabase, Xénophon, au V° s av. JC, en parlait déjà. Dans son texte, il décrit une de ces villes souterraines qu'il a visitées lors de « la retraite des Dix Mille ».

Un peu de littérature...

« Les maisons étaient pratiquées sous terre, et quoique leur ouverture ressemblât à celle d'un puits, l'étage inférieur était vaste. On avait creusé d'autres entrées pour les bestiaux, mais les hommes descendaient par des échelles. Il y avait dans ces espèces de cavernes des chèvres, des brebis, des bœufs, des volailles et des petits de toutes ces espèces : tout le bétail y était nourri au foin.

On trouva du froment, de l'orge, des légumes et de grands vases qui contenaient de la bière faite avec de l'orge. Ce grain y était mêlé encore et s'élevait en surnageant jusqu'au bord de ces vases qui étaient pleins ; à leur surface nageaient aussi des chalumeaux, les uns plus petits, les autres plus grands : il fallait, quand on avait soif, en porter un à sa bouche et sucer. Cette boisson était forte si l'on n'y mêlait de l'eau ; mais on la trouvait très agréable dès qu'on s'y était accoutumé. »

Tiré de l'ANABASE, traduction de la LUZERNE. (C'est un texte que j’ai trouvé sur le site de "l'antiquité latine et grecque de Philippe Remacle, François-Dominique Fournier, J. P. Murcia et Thierry Vebr").

Rappelons-nous : Xénophon faisait partie de 10 000 mercenaires grecs recrutés par Cyrus le jeune pour assassiner son frère aîné, Artaxerxés II, roi de Perse.

Lorsque Cyrus fut tué, les Grecs refusèrent de se rendre et Xénophon les incita à tenter un retour en Grèce. Après une poursuite de 122 jours, à travers la Mésopotamie et l’Arménie, par d’insaisissables ennemis, ils arrivèrent à Trébizonde en 401 avant J.-C. et là, Xénophon lança le fameux cri de joie « Thalassa ! » (la mer)...

Un hôtel de rêve

Notre hôtel est bâti le long de la falaise, creusé dans le tuf, de façon aussi troglodytique : il se fond dans le décor et nous offre d'impressionnantes vues, tant à la tombée de la nuit, lorsque la montagne devient rose, qu'au lever du soleil, lorsque nous sommes réveillés par le souffle d'une montgolfière qui nous survole..

Cappadoce : l'hôtel de charme KayaCappadoce : l'hôtel de charme Kaya

Cappadoce : l'hôtel de charme Kaya, du matin au soir

Nous sommes à pied d’œuvre pour faire une randonnée dans la vallée de Cavushin.

Au fur et à mesure de notre descente dans la "vallée rose", le long de la paroi, nous voyons que des zones vertes et cultivées trouvent leur place au coeur du chaos de rocaille.

Les sentiers de Cavushin

Au milieu des pistachiers, des cyprès et des peupliers de petits champs fournissent les fruits et légumes que nous retrouvons à table : tomates, aubergines, plants de vigne...

Cappadoce : balade à pied dans la vallée de CavushinCappadoce : balade à pied dans la vallée de Cavushin

Cappadoce : balade à pied dans la vallée de Cavushin

Nous croisons parfois un berger et ses moutons ou un digne vieillard juché sur sa mule, qui rejoint son lopin de terre. Nous échangeons les saluts habituels : "Günaydin" (bonjour) ou "merhaba" (un salut plus familier) avec de grands sourires, et chacun suit sa route !

A la fin du chemin, sous les arbres de Cavushin, nous entrons dans le petit village semi-troglodytique du même nom.

En plus de la pratique de l'agriculture, les villageois vendent au touriste leurs productions artisanales et hivernales.

balade à pied dans la vallée de Cavushinbalade à pied dans la vallée de Cavushin

Cappadoce : balade à pied dans la vallée de Cavushin

Bonnets et chaussettes tricotés aux motifs colorés, objets en onyx, foulards brodés... que nous admirons et marchandons en dégustant le thé à la pomme, l'elmacuy, très rafraîchissant après la marche !