L'Anatolie : Carnet de voyage, de Konya vers la Cappadoce

Dans ce circuit, nous allons arpenter les chemins d'Anatolie centrale...

C'est un voyage à grand spectacle que nous avons accompli, à la découverte de Konya, la cité sainte des derviches tourneurs ; de la Cappadoce et de ses paysages fantastiques où domine le minéral ; des steppes anatoliennes et de la Turquie millénaire ; d'Ankara, la capitale où la visite des merveilles du musée hittite, unique au monde, nous a laissés rêveurs...

Entre la Cappadoce et Ankara, nous avons aussi visité les sites hittites : Yazilika et Hattusas, mais nous ne les avons pas mis dans ces pages, nous les avons groupés avec le récit de "La Turquie de l'Est" (dans la page Antalya - Corum), qui commençait par les mêmes endroits...

Avant de partir pour ce périple, Voulez-vous entendre une curieuse légende (peut-être un conte !) qui veut expliquer l’origine du mot « Anatolie », qui se dit Anadolu en turc ?

Après la 2° invasion mongole et la défaite de Beyazit I° à Ankara, en 1402, ses troupes, affaiblies, se retirent dans un petit village.

Une très vieille femme les accueille et, pour les remonter, leurs offre de grands bols d’Ayran (boisson à base de yaourt dilué à l’eau). Epuisés, les soldats boivent l’Ayran jusqu’à plus soif, et, devant l’insistance de la vieille dame, ne peuvent que lui répondre : « Ana-dolu » (Mère c’est plein). C’est ainsi que le nom Anadolu (Anatolie) aurait désigné la région...

Konya, la porte de l'Anatolie

Après avoir visité quelques sites de la côte méditerranéenne, nous nous dirigeons d'abord vers Konya, une ville attachante au passé glorieux.

Nous suivons "l'ulu yol", la route des caravansérails qui accueillaient les caravanes de commerçants sur un des tronçons de la Route de la Soie entre la Turquie et la Perse...

Konya : le Musée de MevlanaKonya : le Musée de Mevlana

Konya : le Musée de Mevlana

Konya est bien la porte de l'Anatolie. Tour à tour hittite, phrygienne, lydienne, gréco-perse, elle a été le berceau du christianisme en Asie avant de devenir capitale de l'empire seldjoukide de Rûm au XIII° s. C'est à ce moment qu'elle a connu son apogée. Elle est devenue le coeur du mysticisme soufi des Mevlevi.

En mémoire de Mevlana

Le monument le plus intéressant est le Musée de Mevlana, ancien couvent des Derviches tourneurs, fondé par le mystique Celaleddin Rumi (1207-1273).

Nous traversons la cour intérieure en admirant une jolie fontaine ronde, dédiée aux ablutions traditionnelles, pour atteindre le bâtiment principal où l'on voit le Mausolée de Celaleddin.

Konya : vers le Musée de MevlanaLa mosquée de Serafettin. Konya, Turquie

Konya : vers le Musée de Mevlana

La mosquée de Serafettin

Après quelques salles où l'on conserve des manuscrits, des livres et des objets, dans le türbe, reposent le Mevlana (le poète-mystique dont le surnom signifie "Notre Maître") et son fils.

La salle est sombre et solennelle. Le sarcophage en marbre, recouvert de brocard vert, de la couleur du Prophète, est brodé de 43 kg de fils d'or.

Les murs sont ornés de figures géométriques et de versets sacrés, or sur fond vert foncé ou pourpre, éclairée seulement par quelques lampes et peu de vitraux placés en hauteur.

Les Derviches tourneurs

L'ensemble baigne bien dans le mysticisme que l'on ressent lorsqu'on écoute la lancinante musique du Maître sur laquelle tournaient inlassablement les disciples... La danse se faisait au son d'une longue flûte, la ney, de versets du Coran et de poèmes du Mevlana.

La fontaine aux ablutions, KonyaKonya, le sarcophage de Mevlana

La fontaine aux ablutions, Konya

Konya, le sarcophage de Mevlana

C'est en réaction contre le luxe des cours califales que se sont développés divers courants ascétiques et mystiques comme celui de ces Derviches.

Ils cherchaient dans l'extase de danses convulsionnaires (la "sema") la rencontre avec Dieu, au grand dam des puritains orthodoxes.

De nos jours, encore, l'Islam officiel refuse ces courants, et les représentations des Derviches Tourneurs n'existent plus qu'en tant que manifestations culturelles folkloriques confiées à des danseurs et non plus à des moines...

Konya : tapis de prière de MevlanaKonya : le bazar animé

Konya : tapis de prière de Mevlana

Konya : le bazar animé

Néanmoins, de nombreux Turcs continuent à venir en pèlerinage sur ce lieu qu'ils considèrent comme saint, pour y prier et demander au Maître l'accomplissement de voeux personnels.

En sortant, nous retrouvons la ville moderne, animée, et son Bazar nous replonge gaiement dans l'ambiance des marchés orientaux...

Les caravanserails de la route de la Soie

De Konya, nous suivons l'ancienne « ulu yol », la partie de la route de la Soie d’Anatolie Centrale qui reliait Konya à la Perse.

Elle possède de nombreux caravansérails, ces « hôtels » qui accueillaient, tous les 40 km (une journée moyenne de chameau) caravanes et voyageurs…

Konya : des rues provincialesL'entrée du Caravansérail Sultanhani (Turquie)

Konya : des rues provinciales

L'entrée du Caravansérail Sultanhani

Nous nous arrêtons à Sultanhani, le plus beau des caravansérails seldjoukides, en parfait état. Construit en 1229 par le sultan Kaykoubad, il est entouré d’une muraille défendue par des tours, curieusement bâties de formes diverses.

Son portail, richement décoré de motifs en marbre, ouvre sur la cour intérieure où se trouve une jolie mosquée carrée.

Le caravanserail Sultanhani : la Mosquée intérieure (Turquie)le caravanserail Sultanhani : vue sur les remparts (Turquie)

Le caravanserail Sultanhani :

la Mosquée intérieure

Le caravanserail Sultanhani :

vue sur les remparts

Des arcades, de chaque côté, accueillaient voyageurs, bagages et animaux.

Une nef était même dévolue aux chameaux, animaux nobles et jaloux qui ne se mélangeaient pas avec n’importe quelle bête ! La salle principale est impressionnante par sa taille…

Après cette plongée dans le monde des 1001 nuits, nous continuons notre périple vers la Cappadoce.

Carnet de voyage en Cappadoce : Soganli, Zelve et Göreme

Les merveilles sont nombreuses, dans cet endroit hors du commun, et nous nous en emplissons les yeux au cours des jours suivants.

Cappadoce : une excursion à dos d'âne dans la vallée de SoganliCappadoce : l'église au Serpent, Yilanli kilise

Une excursion à dos d'âne

dans la vallée de Soganli

L'église au Serpent, Yilanli kilise

Nos promenades dans les vallons et sur les crêtes,au cœur des villages nous plongent dans les légendes de géants et de génies, seuls capables d’expliquer ces étranges phénomènes naturels, tels que les « peribaca », ces drôles de cheminées de fées modelées par l’eau et l’érosion…

Les églises rupestres de Cappadoce

Une fois, c'est à dos d'âne que nous partons visiter la vallée de Soganli, qui abrite d'innombrables chapelles, monastères, maisons et tombes, comme les églises Sainte Anne et Joachim de Kizilçukur, du VII° s.

Des églises, "kilise" en turc, il y en a un bon millier en Cappadoce, où les premiers chrétiens se sont réfugiés, fuyant les persécutions romaines puis arabes.

Les plus belles, nous les avons vues à Soganli, mais aussi dans la vallée de Göreme et de Zelve, que l'on nomme d'ailleurs la "vallée des Moines".

Cappadoce : Zelve, la Vallée des MoinesCappadoce : Zelve, la Vallée des Moines

Zelve, la Vallée des Moines

En général creusées à même le rocher, elles abritent très souvent de superbes fresques aux couleurs préservées par la semi-pénombre.

Malgré des dégâts causés par les iconoclastes, aux VIII° et IX° siècles, quelques dizaines présentent encore beaucoup d’intérêt pour le visiteur.

Cappadoce : églises rupestres de GöremeCappadoce : églises rupestres de Göreme

Eglises rupestres de Göreme

L’empereur byzantin Nicéphore Phocas, par exemple, représenté dans l’église qui porte son nom, entre son frère son épouse, nous permet de dater l’édifice.

C’est lors d’une campagne contre les Arabes qu’il est venu en Cappadoce, en 965…

Cappadoce : les vallées de Zelve et d'AvchilarCappadoce : les vallées de Zelve et d'Avchilar

Les vallées de Zelve et d'Avchilar

A Cavusin, l’église de Saint Jean-Baptiste qui domine le village nous offre peintures et sculptures.

A Göreme, l’église de Tokali (« à la Boucle ») est aussi vaste que belle, toute de tons bleus : la vie du Christ occupe la voûte, des images des saints ornent les murs ; la nef est percée de 3 absides, les actes des Apôtres recouvrent toutes les surfaces…

Cappadoce : fresques des églises rupestres d'UrgüpCappadoce : fresques des églises rupestres d'Urgüp

Fresques des églises rupestres d'Urgüp

Et pourquoi ne pas évoquer l’église « au Serpent » où Saint Georges terrasse le dragon, ou l’église « à la Pomme », Elmali kilise, pleine de lumière, où le Christ Pantocrator (en gloire) nous éblouit de ses tons vifs et clairs, Karnlik kilise, "l'église Sombre" où seules de puissantes lampes de poche révèlent des fresques éclatantes, Carikli kilise ("aux Sandales") et ses fresque de l'Ascension, de la Nativité, de la Crucifixion, l'hospitalité d'Abraham…

C’est lors de l’échange de population avec la Grèce, en 1923, que les derniers chrétiens ont quitté la Cappadoce, mais ils nous ont laissé un patrimoine unique, remis peu à peu en valeur ces dernières décennies.

Cappadoce : le Christ Pancreator de Karanlik kiliseCappadoce : fresques de Nevsehir

Le Christ Pancreator

de Karanlik kilise

fresques de Nevsehir

Des villes toujours animées

Lorsqu’on approche une des villes, Urgüp, Zelve, Avanos, Nevsehir (le chef-lieu de la province), Uçhisar, Göreme, Aksaray, on est surpris par l’animation qui y règne : marchés abondants, jardins publics, belles rues, grands hôtels, restaurants pittoresques…

Depuis 1950, date à laquelle la région est devenue « site touristique », les habitants ont déserté les logements troglodytiques pour créer de jolies villes touristiques autour des excavations.

Cappadoce : chez Sirca, le potier d'AvanosCappadoce : Avlicar, la vallée des Chasseurs

Chez Sirca, le potier d'Avanos

Avlicar, la vallée des Chasseurs

Dans les maisons blanchies à la chaux d’Avcilar, on travaille l’onyx et l’albâtre ; à Avanos, la rivière Kizilimark, le « fleuve rouge » qui charrie des oxydes de fer arrose des terres rouges qui fournissent 300 potiers.

A côté de belles maisons ottomanes à l’architecture traditionnelle, on visite leurs ateliers, au milieu d’un joyeux désordre de pots, de vases, de statuettes hittites, on s’essaye au tour à pied, on achète des souvenirs.

Cappadoce : vues d'Uchisar

Cappadoce : des souvenirs sur la route d'Uchisar

Vues d'Uchisar

Des souvenirs sur la route d'Uchisar

Ensuite on visite les boutiques de tapis où des jeunes filles travaillent sur les grands métiers verticaux d’Anatolie.

Les plaisirs du goût

Il nous reste encore à profiter, à chaque repas, de la cuisine turque si goûteuse, et surtout ici, des spécialités de Cappadoce.

Savourons le pastirma, viande de bœuf séchée, les sucuk, des saucisses épicées, les pâtisseries au mil ou l’asure, un dessert à base de blé aux raisins, figues, noisettes… en buvant du thé, le cay, du café, de l’ayran (un yaourt dilué à l’eau), si on n’a pas voulu du raki, l’anisette nationale servie à l’apéritif.

Nous continuerons alors notre circuit, après ce séjour au pays des fées et des enchanteurs, via les sites hittites décrits dans les pages « La Turquie de l’Est », vers Ankara, la jeune capitale de la Turquie.

L'Anatolie : Carnet de voyage d'Ilhara à Kaymakli

La Cappadoce constitue un des points forts de notre voyage : sur des centaines de km2, l'érosion a dessiné des reliefs étranges dans la roche volcanique.

Etnnante et merveilleuse Cappadoce

Cheminées de fées, cônes, pitons, grottes et vallées profondes sont universellement connus ! Plusieurs jours de visite, à pieds, à dos d'âne ou en bus nous permettent de mieux appréhender cette merveille de la nature, classée par l'UNESCO au Patrimoine Mondial de l'Humanité.

C'est l'activité tectonique de la région qui, il y a à peu près 25 millions d'années, a provoqué la surrection de la chaîne pontique et son volcanisme.

Ensuite, le vent, la pluie, les rivières, le gel ont érodé et creusé le tuf et créé ces paysages spectaculaires aux teintes variées : crème, jaune, ocre, rose et mauve, suivant l'heure et l'exposition...

Cappadoce : le village trogloditique de SelimeCappadoce : le village trogloditique de Selime

Cappadoce : le village trogloditique de Selime

Nous entrons en Cappadoce par la vallée de la Peristrema, où le village de Selime nous accueille.

Les maisons modernes sont surmontées par les grottes creusées dans la montagne rose : des restes d'habitations troglodytiques y sont encore visibles.

De là, partent des excursions à pieds d'une quinzaine de km dans un canyon bordé de falaises parfaitement rectilignes, jusqu'à Ilhara. Elles suivent le tracé de la rivière Melendiz, au milieu de la verdure, et longent plusieurs églises du IV° au XIII° siècle.

Cappadoce : le canyon d'IlharaCappadoce : le canyon d'Ilhara vu d'en haut

Cappadoce : le canyon d'Ilhara

En allant vers Nevsehir, nous visitons la ville souterraine de Kaymakli.

La ville souterraine de Kaymakli

Sous le petit village, planté sur le plateau, s'étend une ville impressionnante, vieille de 4 000 ans, construite par les Hittites dans des galeries naturelles et agrandie au cours des siècles pour servir de refuge pendant les invasions perses, macédoniennes ou arabes.

Ce sont les chrétiens qui lui donnent ses dimensions actuelles en l’étendant sur plusieurs dizaines de kilomètres de galeries. La ville pouvait alors, pense-t-on, accueillir 8 000 personnes sur 45 m de profondeur et 8 étages reliés par des couloirs labyrinthiques...

De gros rochers en forme de roue glissaient le long des parois pour isoler et défendre les différents quartiers.

On reconnaît des lieux d'habitation et de culte, des salles de réunion, voire des « places publiques », des réserves pour la nourriture, des puits d'aération, des canalisations...

Cappadoce : la ville souterraine de KaymakliKaymakli : les cuisines et la pierre "porte" (Cappadoce)

La ville souterraine de Kaymakli

Les cuisines et la pierre "porte"

C’est une ahurissante cité souterraine, mais elle n’est pas unique : on en recense une trentaine d’autres en Cappadoce, dont 5 se visitent.

Nous ressortons ébranlés, l’estomac noué. Pour circuler, nous avons souvent dû nous accroupir, et nous avions le confort électrique pour nous guider. Quelle vie devait-on mener là, lors des attaques ennemies !

Dans son livre, l'Anabase, Xénophon, au V° s av. JC, en parlait déjà. Dans son texte, il décrit une de ces villes souterraines qu'il a visitées lors de « la retraite des Dix Mille ».

Un peu de littérature...

« Les maisons étaient pratiquées sous terre, et quoique leur ouverture ressemblât à celle d'un puits, l'étage inférieur était vaste. On avait creusé d'autres entrées pour les bestiaux, mais les hommes descendaient par des échelles. Il y avait dans ces espèces de cavernes des chèvres, des brebis, des bœufs, des volailles et des petits de toutes ces espèces : tout le bétail y était nourri au foin.

On trouva du froment, de l'orge, des légumes et de grands vases qui contenaient de la bière faite avec de l'orge. Ce grain y était mêlé encore et s'élevait en surnageant jusqu'au bord de ces vases qui étaient pleins ; à leur surface nageaient aussi des chalumeaux, les uns plus petits, les autres plus grands : il fallait, quand on avait soif, en porter un à sa bouche et sucer. Cette boisson était forte si l'on n'y mêlait de l'eau ; mais on la trouvait très agréable dès qu'on s'y était accoutumé. »

Tiré de l'ANABASE, traduction de la LUZERNE. (C'est un texte que j’ai trouvé sur le site de "l'antiquité latine et grecque de Philippe Remacle, François-Dominique Fournier, J. P. Murcia et Thierry Vebr").

Rappelons-nous : Xénophon faisait partie de 10 000 mercenaires grecs recrutés par Cyrus le jeune pour assassiner son frère aîné, Artaxerxés II, roi de Perse.

Lorsque Cyrus fut tué, les Grecs refusèrent de se rendre et Xénophon les incita à tenter un retour en Grèce. Après une poursuite de 122 jours, à travers la Mésopotamie et l’Arménie, par d’insaisissables ennemis, ils arrivèrent à Trébizonde en 401 avant J.-C. et là, Xénophon lança le fameux cri de joie « Thalassa ! » (la mer)...

Un hôtel de rêve

Notre hôtel est bâti le long de la falaise, creusé dans le tuf, de façon aussi troglodytique : il se fond dans le décor et nous offre d'impressionnantes vues, tant à la tombée de la nuit, lorsque la montagne devient rose, qu'au lever du soleil, lorsque nous sommes réveillés par le souffle d'une montgolfière qui nous survole..

Cappadoce : l'hôtel de charme KayaCappadoce : l'hôtel de charme Kaya

Cappadoce : l'hôtel de charme Kaya, du matin au soir

Nous sommes à pied d’œuvre pour faire une randonnée dans la vallée de Cavushin.

Au fur et à mesure de notre descente dans la "vallée rose", le long de la paroi, nous voyons que des zones vertes et cultivées trouvent leur place au coeur du chaos de rocaille.

Les sentiers de Cavushin

Au milieu des pistachiers, des cyprès et des peupliers de petits champs fournissent les fruits et légumes que nous retrouvons à table : tomates, aubergines, plants de vigne...

Cappadoce : balade à pied dans la vallée de CavushinCappadoce : balade à pied dans la vallée de Cavushin

Cappadoce : balade à pied dans la vallée de Cavushin

Nous croisons parfois un berger et ses moutons ou un digne vieillard juché sur sa mule, qui rejoint son lopin de terre. Nous échangeons les saluts habituels : "Günaydin" (bonjour) ou "merhaba" (un salut plus familier) avec de grands sourires, et chacun suit sa route !

A la fin du chemin, sous les arbres de Cavushin, nous entrons dans le petit village semi-troglodytique du même nom.

En plus de la pratique de l'agriculture, les villageois vendent au touriste leurs productions artisanales et hivernales.

balade à pied dans la vallée de Cavushinbalade à pied dans la vallée de Cavushin

Cappadoce : balade à pied dans la vallée de Cavushin

Bonnets et chaussettes tricotés aux motifs colorés, objets en onyx, foulards brodés... que nous admirons et marchandons en dégustant le thé à la pomme, l'elmacuy, très rafraîchissant après la marche !

L'Anatolie : Ankara, la capitale

Ankara, capitale de la Turquie depuis 1923 grâce à Mustafa Kemal Atatürk, est une très ancienne cité. Sa citadelle, qui devait être alors un sanctuaire fortifié, remonte à l’époque hittite.

Au fil des temps, divers peuples y ont établi le siège de leur gouvernement : Phrygiens, Persans, Galates… Plusieurs légendes courent sur le nom de la ville à cette époque : Ankyra.

Anjara, croisée des chemins et des peuples

L’une dit que les Galates, anciens marins issus d’une vague d’émigration celtique, l’ont nommée ainsi, car Ankira veut dire « ancre » et que c’est là qu’ils se sont arrêtés, transférant dans les temples les ancres de leurs bateaux.

Une autre dit que le même nom vient du roi Midas, qui aurait obéi à un songe et aurait "ancré" là une cité florissante…

Ensuite, Byzantins, Arabes, Croisés, Seldjoukides, Mongols se sont succédé jusqu’en 1414, date à laquelle la cité est devenue Ottomane.

C’est en 1893 que la ville, renommée "Ankara" par les Européens, en référence aux chèvres angora dont on tisse encore le poil soyeux, s’est dotée d’un chemin de fer qui la reliait à Istambul. Lorsqu’elle est devenue capitale, Ankara a été agrandie en cité moderne, dans des quartiers séparés de la vieille ville.

Une ville ancienne animée

La ville ancienne est située sur la colline qui entoure la citadelle, Hisar, ou Ak Kale, la forteresse blanche.

Ankara : le quartier de la CitadelleAnkara : un bazar animé

Ankara : le quartier de la Citadelle

Ankara : un bazar animé

Elle est entourée de murailles : L'enceinte intérieure a été édifiée en 620 par Héraclius et les remparts extérieurs datent du IX° siècle.

Avec ses ruelles étroites, ses maisons basses et colorées, en bois et pisé, ses femmes aux vêtements multicolores et la tête couverte d’un foulard, ses enfants joueurs et ses hommes en casquettes, elle ressemble à tous les villages anatoliens que nous avons traversés, où la vie se déroule immuablement.

Bazar, commerces odorants ouverts sur la rue, écheveaux de laine qui sèchent sur des fils tendus dans les ruelles….

Ankara : les maisons traditionnellesAnkara, une ruelle et ses échoppes

Ankara : les maisons traditionnelles

Ankara, une ruelle et ses échoppes

Il nous a semblé que quelques maisons étaient en cours de restauration, ce qui est judicieux pour conserver ce témoignage des temps passés.

Le Musée des Civilisations Anatoliennes

Mais le point fort de notre passage dans la capitale, celui que nous attendons avec impatience depuis que nous avons foulé les sites Hittites, c'est la visite du Musée des Civilisations Anatoliennes.

Il a été installé dans un « bedesten » (un marché couvert) bâti au XV° siècle et dans l’ancien caravansérail voisin.

le Musée d'Ankara : taureau en bronze, III° millénairele musée d'Ankara : cerf en bronze, III° millénaire

Taureau en bronze,

III° millénaire

Cerf en bronze,

III° millénaire

Ses salles, immenses, nous offrent un panorama complet de toutes les civilisations qui se sont succédé en Anatolie, depuis le paléolithique et le néolithique, dans l’ordre chronologique pour notre édification.

Nous admirons les découvertes faites à Çatal Höyük, les chefs-d’œuvre de l’art hittite et néo-hittite. Grands vases-bains, vases-rhytons en formes d’animaux, statuettes de divinités, statues hiératiques, les fresques les plus anciennes connues..

Une maison reconstituée ajoute la dimension humaine à l’Histoire et nous permet de mieux mettre en perspective les sites que nous avons visités, dépouillés de toutes ces richesses !

le musée d'Ankara : griffons ourartéensle musée d'Ankara : soldats hittites

Le musée d'Ankara : griffons ourartéens

Le musée d'Ankara : soldats hittites

Plus loin, nous voyons des statuettes en bronze, argent, or ou électrum (mélange d’or et d’argent) de cerfs et taureaux retrouvés dans les tombes royales d’Alaca Höyük et d’Horoztepe, de l’âge du bronze ancien, des bijoux et de la vaisselle d’or, des tablettes de terre cuite aux caractères cunéiformes des colonies marchandes Assyriennes, les premières attestations de l’utilisation de l’écriture.

Enfin, mobilier, statues et objets Phrygiens, Ourartéens, Grecs et Romains se succèdent, nous laissent émerveillés d’une aussi riche plongée dans le passé...

La ville moderne, à la gloire d'Atatürk

La ville moderne n’offre pas grand intérêt. Peuplée de 3 millions d’habitants, c’est le siège du gouvernement, de nombreux parlements et ministères. Ankara s’enorgueillit de ses grands hôtels, ses rues et avenues larges et aérées, ses parcs et espaces verts.

Une visite néanmoins incontournable, dans la ville moderne, est celle du Mausolée d'Atatürk, Anitkabir, un monument grandiose, chef-d'œuvre de l'architecture moderne turque, qui domine la ville sur la colline d’Anittepe. Parfaitement illuminé il se remarque tout particulièrement la nuit.

De la place Tandogan, nous approchons à travers le parc par une route fleurie.

Devant le monument, un groupe de trois statues exprime le chagrin de la population à la mort du grand homme. Elles précèdent l’Allée des Lions, 24 statues de lions hittites, symbolisant sérénité, pouvoir et protection.

Ankara : le mausolée d'AtatürkAnkara : le mausolée d'Atatürk et ses jardins

Ankara : le mausolée d'Atatürk et ses jardins

L’allée mène à la Place de la Victoire, entourée sur trois cotés de colonnes de 20 mètres de haut, prévue pour recevoir plusieurs milliers personnes lors des cérémonies.

A gauche, pour accéder au Mausolée, nous empruntons un escalier de 33 marches, flanqué, de chaque côté, de tours de 10 mètres de haut.

En rangs ordonnés, sous l’œil vigilant de soldats attentifs, nous devons défiler (sans nous arrêter) devant la dépouille du « Père du peuple », figé dans son sarcophage de marbre vert

On visite ensuite le Musée d’Atatürk, où sont exposés vêtements officiels et civils, objets personnels, de magnifiques voitures, par exemple, des cadeaux reçus, documents et photographies…

Retour vers Antalya

Mais le voyage touche à sa fin. D’un coup d’aile, nous revenons à Antalya, d’où nous rejoignons une des belles stations balnéaires de la côte méditerranéenne.

De là, nous pouvons nous adonner aux sports terrestres et nautiques, ou au farniente bien mérité de ceux qui ont traversé l’espace et le temps pour aller à la rencontre des civilisations passées du peuple qui nous accueille

Turquie : La mer, à Antalya, au petit matinAéroport d'Antalya : au revoir, la Turquie !

Turquie : La mer, à Antalya, au petit matin

Aéroport d'Antalya : au revoir, la Turquie !

Juste avant de quitter cette contrée, voulez-vous entendre une curieuse légende (peut-être un conte !) qui peut expliquer l’origine du nom "Anatolie", qui se dit  "Anadolu" en turc, et que nous a contée notre guide ?

Il faut revenir en 1402… Après une 2° invasion des Mongols et la défaite de Beyazit I° à Ankara, ses troupes, affaiblies, se retirent dans un petit village. Une très vieille femme les accueille et, pour les remonter, leurs offre de grands bols d’Ayran (cette boisson à base de yaourt dilué à l’eau que nous avons bue en Cappadoce).

Epuisés, les soldats boivent l’Ayran jusqu’à plus soif, et, devant l’insistance de la vieille dame, ne peuvent que lui répondre : « Ana-dolu » (Mère c’est plein).

C’est ainsi que le nom Anadolu (Anatolie) aurait désigné la région.