L'Abbaye de Fontenay

Nous quittons l’ensemble des bâtiments fondamentaux de la vie conventuelle pour accéder à un autre ensemble, des constructions plus « utilitaires », dévolues au travail, parfois ouvertes aux laïcs.

Nous traversons de beaux jardins à la française, aux lignes et aux couleurs sobres, dessinés (paradoxalement) à notre époque par un paysagiste anglais en lieu et place de ceux où les moines cultivaient simples et herbes aromatiques.

Bien qu’il ait remplacé les viviers d’antan par une pelouse, il a créé un grand bassin alimenté par une cascade en étages où l'eau ruisselle doucement. Là s’ébattent des truites qui rappellent qu'outre l'élevage et la culture, les moines pratiquaient une pisciculture, fort appréciée des ducs de Bourgogne, dans les étangs du vallon.

fontenay abbaye scriptorium fontenay abbaye la galerie Seguin fontenay abbaye détail du jardin à la Française fontenay abbaye le bassin et sa cascade

Nous pénétrons dans la forge. Ce grand bâtiment, de 53 m sur 13,50 a été bâti par les moines à la fin du XII° siècle pour travailler le minerai de fer qu’ils extrayaient de galeries souterraines situées sur une colline qui domine le monastère, à l’ouest. C’est la dérivation de la rivière de Fontenay, le long du mur de la forge, qui faisait tourner des roues actionnant les martinets, de grands marteaux hydrauliques, qui battaient le fer. Une deuxième salle, très haute, possède un étage : c’est la forge proprement dite.

Les moines y forgeaient, en quantité industrielle, les outils nécessaires au monastère et commercialisaient le reste de leur production, ce qui leur assurait une autonomie économique et financière. Un feu brûle dans un des fours, des outils sont posés à côté... On attend les ouvriers ! Nous sommes sidérés devant la taille des soufflets qui accéléraient le feu…

Sur un pilier, des plans reconstituent les foyers, montrant à quel point les moines ont eu un rôle novateur à cette époque dans le domaine technique.

fontenay abbaye le feu de la forge brûle encore ! fontenay abbaye âtre et enclume de la forge

En sortant de la forge, on flâne encore dans les jardins, calmes jeux d’eau, de verdure et de pierre : des pelouses tracées au cordeau, rythmées par l’élévation d’arbres et les rondeurs de bosquets de buis taillé, un mur mangé par le lierre, peu de fleurs pour créer des taches de couleur, un bassin rond où l’eau chante à la croisée des allées…

Jardins aux lignes douces, apaisantes, qui tempèrent harmonieusement l’austérité des bâtiments sans rompre l’atmosphère de recueillement et de sérénité qui entoure toujours ces lieux.

Avant de repartir, nous passons par la librairie et le musée lapidaire, juste contre le mur d’enceinte. Une jolie surprise nous attend : nous sommes dans une chapelle du XIII° siècle réservée aux étrangers qui n’avaient pas le droit de pénétrer dans l’enceinte monastique.

Elle accueille, à l’étage, une exposition intéressante, très bien présentée. L’historique de l’abbaye, des explications architecturales et techniques sur sa construction sous forme de plans ou de maquettes, des parchemins comme la Bulle du pape Alexandre III de 1168, qui installe l’Abbaye de Fontenay «dans toutes ses possessions et privilèges», une citation de Saint-Bernard : «On apprend plus de choses dans les bois que dans les livres. Les arbres et les rochers vous enseigneront des choses que vous ne sauriez entendre ailleurs», ainsi que de nombreux vestiges  de sculptures des parties disparues de l’abbaye : statues, chapiteaux, clés de voûte, armes et blasons, bas-reliefs…

En quittant la librairie, on passe par la boulangerie des moines. Elle a conservé son ancienne cheminée cylindrique où cuisait le pain de tous, moines et voyageurs de l’hostellerie. Ces derniers logeaient dans un bâtiment voisin, lui aussi dévolu aux laïcs, juste au-dessus de la porterie.

fontenay Ste Catherine Alexandrie fontenay St Christophe fontenay écusson espagnol de Castille et Léon (XIV°s)
fontenay clé de voûte de la chapelle St-Laurent (XIII°s) fontenay bas-relief d'ange (XII°s)
C’est à regret que nous quittons ces lieux enchanteurs où soufflent l’harmonie et la sérénité, mais l’heure du déjeuner arrive, et les plaisirs de la table vont remplacer ceux de l’esprit !