Châtillon sur Seine

Après la visite de l'abbaye de Fontenay et le déjeuner, nous rejoignons Châtillon sur Seine, cité bourguignonne aux marches de la Champagne. Nous passons près de belles maisons à colombages du XVI° au XVIII° siècles pour visiter le Musée du Châtillonnais qui est installé depuis 1986 dans un superbe édifice Renaissance, rue du Bourg, en face de l'église Saint-Nicolas. C’est la "maison Philandrier", épargnée de justesse par les bombardements et le grand incendie de juin 1940 qui ont détruit le centre de la cité.

chatillon : vers les sources de la Douix chatillon balcons anciens

 Le mur du fond, d’une grande finesse, est complètement ajouré et vitré : chaque arcade est divisée en 3 plus petites et son tympan est percé de 3 trèfles aux couleurs chatoyantes.

chatillon maison à colombages chatillon maison ancienne

Il s’agit d’un bel hôtel Renaissance, attribué à tort à l'architecte Philandrier, châtillonnais d’origine, traducteur du "De Architectura" de Vitruve. En fait Philandier était déjà mort à la fin du XV° siècle, date à laquelle l’hôtel a été bâti pour Antoine Thomelin, un bourgeois que cette entreprise a ruiné. L’hôtel a été repris par divers marchands qui l’ont défiguré au fil du temps. Heureusement, en 1928, il a été acheté et restauré par la « Sauvegarde de l'Art français », puis transformé en musée.

La façade montre la superposition des trois ordres que Vitruve a codifiés : le dorique au rez-de-chaussée, le ionique au premier (l’étage noble), au dernier le corinthien. Côté cour une jolie tourelle d’escalier dessert les étages. La corniche est ornée de gargouilles impressionnantes et, sur chaque façade, deux lucarnes géminées permettent d’éclairer les soupentes. Devant l'entrée, d'augustes statues nous accueillent.

la tourelle d'escalier du musée de vix musee vix maison Philandrier musee vix la maison Philandrier, le jardin

Le présente de nombreux vestiges laissés, au fil des siècles, par les Celtes, les Gallo-Romains et les hommes du Moyen-Age qui ont vécu aux alentours. Nous y sommes accueillis par de charmantes conservatrices, qui vont nous escorter tout au long de notre visite, ravies de l’enthousiasme que nous manifestons devant les richesses du musée. Il est divisé par époques, suivant les étages.

Au rez-de-chaussée, les collections gallo-romaines des sites du Trembloi et d’Essaroi montrent d’émouvants témoignages de rites religieux de guérison ou de fécondité, par des sculptures qui ressemblent à nos ex-voto ou des monuments funéraires.

Mais l’objet-phare de notre visite se trouve au 1° étage : c’est la reconstitution de la tombe trouvée au pied du mont Lassois, à 6 kilomètres de Châtillon-sur-Seine, celle de la célèbre Dame de Vix, inhumée il y a près de vingt-six siècles.

L’histoire commence comme un conte de fées, dans l’hiver 1952-53, grâce à la découverte  d’une chambre funéraire intacte, bien qu’effondrée sur elle-même, par un agriculteur, Maurice Moisson, lors du labour d’une légère éminence. Une campagne de fouilles cherchait, à cet endroit, des vestiges de la fin du premier Âge du Fer à l’Ouest du Rhin.

René Joffroy, « l’inventeur » de la tombe,  y a trouvé un trésor : une femme d'une trentaine d'années y reposait, allongée sur un char dont les éléments métalliques étaient intacts. Elle était parée de tous ses bijoux : des anneaux de jambes et bracelets en lignite et en bronze, deux colliers, l’un à perles de pierre, l’autre à perles d’ambre, des fibules servant à attacher ses vêtements, et un splendide torque (collier ouvert) en or de 24 carats, pesant 480 grammes et orné d'un Pégase ailé remarquablement ciselé, qu’on avait d’abord pris pour un diadème. Un autre torque, de bronze, était posé sur son ventre. Elle était entourée d'une riche vaisselle venue de la lointaine Méditerranée, dont un immense et magnifique cratère en bronze, le plus imposant connu de l'antiquité.

Ce qui est émouvant, c’est qu’on a reconstitué, dans cette salle, dans une vitrine, la tombe telle qu’elle était. Des artisans du Musée Romain germanique de Mayence ont refait, à l’identique, le char de bois à quatre roues qui, dans toutes les tombes très riches depuis la fin de l’Âge du Bronze, était le signe du statut social du mort. Les objets personnels de la princesse sont disposés autour.

musee la frise du cratère musee le torque en or musee une gorgone de l'anse

Quant au fameux cratère, il est dans une  centrale. Il est gigantesque : 1,64m de hauteur, 208 kg... Deux anecdotes : la salle a été construite autour de lui, donc il n’en peut sortir (seule une reproduction voyage…) et si on peut tourner autour pour bien le voir, on ne peut plus le toucher depuis qu’un conservateur a surpris un papy en train de taper dessus avec sa canne pour voir comment il sonnait… Or, le récipient, sur pied, est fait d'une seule pièce de métal martelé, très fin - 1 à 1,5 mm - et donc très fragile !

Des bustes de Gorgone forment les demusee cratere en bronzeux anses, fixées au ventre du vase par des serpents.

Le col s'orne de 74 languettes et d'une frise en relief représentant un défilé de soldats grecs et de chars à quatre chevaux. Les spécialistes du premier âge de fer (750-475 avant JC), également appelé "période de Hallstatt", le qualifient de « grand chef-d'oeuvre de chaudronnerie ».

Des analyses ont montré des traces de vin : c’était  donc la pièce maîtresse d'un service à boire, fabriqué dans des ateliers grecs d'Italie du Sud, en Grande Grèce. Sa présence en Bourgogne atteste du passage de la route de l'étain et de la vitalité des échanges Nord-Sud.

Enfin, au deuxième étage, on admire les objets de l’artisanat et de la vie quotidienne du Moyen-Age trouvés sur le site de Vertillium. Une « cuisine » reconstituée nous apprend que nos aïeux aimaient les huîtres, les coquilles Saint-Jacques et la bécasse !

Avant de rentrer à Paris, nous faisons un tour à pieds dans la vieille ville, en nous dirigeant vers les sources de la Douix.

sources douix la falaise de la résurgence sources douix la Douix sourd sous sa falaise sources douix les eaux claires de la Douix

 Dans un site verdoyant et délicieux, cette source vauclusienne jaillit d’une grotte blottie sous la falaise de Saint-Vorles, résurgence d'une rivière souterraine que les Celtes, contemporains de la Dame de Vix, avaient transformée en sanctuaire.

Des fouilles, pratiquées dans le bassin, ont permis d'y découvrir un ensemble de fibules datant de la période Hallstatt, comme la Princesse. C'étaient vraisemblablement des ex-voto... Une tradition qui s'est perpétuée jusqu'aux débuts du XX°s, où l'on jetait, dans la Douix, non plus des fibules, mais des épingles en faisant un vœu... Un peu plus loin, la rivière rejoint la Seine, qui est encore un modeste cours d'eau, caché sous les marronniers et fréquenté surtout par les canards !

Il ne nous reste plus qu'à rentrer chez nous, les yeux pleins des merveilles de la Bourgogne.