La cathédrale Notre-Dame d'Amiens : l'extérieur

Nous profitons d’un exceptionnel soleil, en ce mois de janvier, pour visiter la cathédrale Notre-Dame d’Amiens, au cœur de la Picardie, l'une des plus grandes églises gothiques « classiques » du XIIIe siècle.

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Nous arrivons par la petite rue Henri IV, qui débouche sur la place de la cathédrale et ressentons une légère déception : un bâtiment moderne a été ajouté sur le côté nord de la place et, de la rue où nous venons, en cache une partie. Nous n’avons pas la vue d’ensemble que nous espérions.

Néanmoins, lorsque nous débouchons sur la place, nous sommes éblouis : le soleil déclinant fait chanter la pierre et c’est un joyau doré de lumière blonde qui nous accueille.

Un peu d'histoire

Les dimensions de la cathédrale sont imposantes, puisque son volume intérieur (200 000 m³) contiendrait deux fois Notre-Dame de Paris… mais ses proportions sont telles qu'elle semble légère.

Inscrite depuis 1981 au Patrimoine mondial de l'UNESCO, elle est le plus vaste édifice médiéval de France. L’édifice que nous voyons n'est pas le premier construit ici : En 1152, une cathédrale, de style roman, est consacrée à Saint Firmin, évangélisateur de la ville, d’après la légende. Né à Pampelune il aurait été décapité à Amiens vers 300. Mais cette première cathédrale a été détruite par un incendie vers 1218.

Il faut donc la remplacer et y accueillir, de surcroît, une merveilleuse relique : le chef (la tête) de Saint Jean-Baptiste, donné à l'évêque, Richard de Gerberoy par un chanoine de Picquigny, Walon de Sarton, qui l’a rapporté de la 4e Croisade en 1206.

 
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Nous sommes en plein épanouissement de l'art gothique, dont le premier modèle se voit à l'abbaye de Saint-Denis. Amiens surpassera ses consoeurs et rivales en religion. 

Les travaux de construction des nouvelles cathédrales ont commencé à Sens en 1140, à Noyon en 1150, à Laon en 1160, à Paris en 1163, à Chartres en 1195, à Reims en 1211... ici, ils débutent en 1220, sous le règne de Philippe Auguste, mais la présence d'un fort tissu urbain oblige les constructeurs, contrairement à la coutume, à commencer la construction par la façade et à poursuivre les travaux d'ouest en est.

Nous avons sous les yeux un des plus beaux exemples d'architecture du Moyen-Âge, tant par la simplicité et la pureté des lignes que par la richesse de la décoration d'une harmonie parfaite.

La cathédrale nous offre des éléments des phases suivantes du style gothique, du gothique rayonnant (le chevet) au gothique flamboyant (notamment la grande rose, la tour nord à l’extérieur et le jubé ou les stalles à l’intérieur).

La façade de la cathédrale

La façade est magnifique. Il faut dire que, pour établir solidement un tel édifice, on a creusé les fondations sur 8 mètres de profondeur, jusqu'à atteindre la roche mère. Elevée d'un seul jet jusqu'a la corniche surplombant la rosace, la façade, sans les tours, est d'une unité architecturale remarquable. Elle a, en effet, été édifiée en 16 ans, entre 1220 et 1236.

Sa beauté vient en grande partie de l’harmonie et de l’équilibre entre les lignes directrices horizontales et verticales. De l’ordre horizontal sont les cinq étages qui se succèdent nettement : le rez-de-chaussée ou étage des trois portails, la première galerie, à la hauteur du triforium, la seconde galerie, dite des Rois, l'étage de la grande rose, au niveau des fenêtres hautes, l'étage supérieur des tours avec le pignon central, ainsi que la superposition des deux galeries.

 
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Quant à l’ordre vertical, il est créé par la disposition des trois nefs avec les statues colonnes ornant les trumeaux des portails, les quatre contreforts terminés par des pinacles, les statues des rois qui soulignent les galeries.

Trois portiques occupent en effet toute l'étendue de la partie inférieure. Ils encadrent, au centre, la Porte du Sauveur, à droite celle de la Mère de Dieu, et, à gauche, celle de Saint Firmin le Martyr. Ils reposent sur un soubassement continu, orné de caissons en forme de trèfles, les "quatrefeuilles", qui contiennent 118 bas-reliefs sur fond de mosaïque.

 
signe du lion signe du capricorne

Nous admirons, par exemple, les trèfles zodiacaux et reconnaissons le lion de Marie-France ou le capricorne de Michel. Mais d’autres content des scènes de l’Ancien ou du Nouveau Testament, des prédictions bibliques, des histoires pieuses, des scènes de la vie quotidienne : un livre de prières et d’enseignement destiné à l’édification des fidèles qui ne savaient pas lire…

Au-dessus, s'élève un rang de colonnes légèrement engagées, chacune soutenant une grande statue surmontée d'un dais.

 
Bas-relief d'artisanBas-relief de musicien

L’ensemble est surmonté d’ogives dont les arcs multipliés, allant diminuant petit à petit, sont remplis d'une grande quantité d'anges, de séraphins, et d'autres personnages en rapport avec le grand tableau en relief, sculpté sur le fond du tympan. Enfin, ces trois portiques sont terminés par des pignons triangulaires, ornés de chardons.

Au centre de la Porte du Sauveur, sur le trumeau qui sépare les deux battants de la porte, se dresse une statue du Christ Rédempteur. Triomphant de la mort et du péché, le « Beau Dieu d'Amiens » foule aux pieds un lion et un dragon. Il tient le Livre dans sa main gauche tandis qu'il lève sa main droite pour bénir, entouré des apôtres et des prophètes.

Une dentelle de pierre...

Le tympan qui le surmonte est décoré d'une représentation du Jugement dernier qu’annonce l’ange à la trompette, fleuron de ce fronton, qui remplace la statue primitive de Saint-Michel, aujourd'hui disparu.

Quand on fait le tour de la cathédrale vers la droite, on parvient au portail Sud du transept, qui est celui de la porte Saint-Honoré dit « de la Vierge dorée », car c’est de cette couleur qu’elle apparaissait aux fidèles médiévaux. Doucement déhanchée, elle regarde son enfant avec tellement de douceur que Ruskin l'appelait « la soubrette Picarde ».

 
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A propos de couleur, lorsque les portails ont été nettoyés au cours des années 1990 à l'aide du laser, on a découvert des traces d’or et de polychromie, qu’on a pu préserver en partie. Depuis, des illuminations proposées à Noël et en été permettent de voir la cathédrale dans ses teintes d’origine.

Au dessus des portails, une fine galerie à jours, dont les arcades ogives sont subdivisées par d'autres arcs en forme de trèfle, en soutient une autre, ornée de vingt-deux statues colossales représentant les rois de France bienfaiteurs de cette église, de Childeric II à Philippe-Auguste.

 
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Encore plus haut, on voit une grande rose, ou rosace, à compartiments, de style gothique flamboyant, surmontée d'une balustrade, à jours aussi, qui court sur toute la largeur de la façade. Quant aux deux tours et à la galerie vitrée qui les unit à la base, elles n’ont été achevées qu’un siècle plus tard : en 1366 pour la tour sud et en 1402 pour la tour nord, sans suivre les plans originaux.

Mais nous allons, maintenant, pénétrer à l'intérieur de la cathédrale.